Contexte :
Le lymphœdème est un problème de santé mondial négligé et une complication fréquente après un traitement du cancer du sein. Le lymphœdème est un facteur prédisposant bien connu de la cellulite, mais peu d’études ont exploré les facteurs de risque de cellulite dans cette cohorte de patients à l’échelle internationale. L’objectif de cette étude était d’identifier la fréquence de la cellulite chez les patients atteints de lymphœdème du bras, ainsi que les facteurs de risque potentiels associés.
Méthodes :
Étude transversale, multicentrique et internationale incluant des patients présentant un lymphœdème du bras confirmé cliniquement. Le critère de jugement principal était l’incidence de cellulites localisées au bras atteint de lymphœdème au cours des 12 derniers mois, ainsi que leurs facteurs de risque potentiels. Le critère secondaire était la prévalence vie entière de la cellulite.
Ont été inclus les adultes présentant un lymphœdème/œdème chronique du bras (toutes causes confondues) confirmé cliniquement et capables de donner leur consentement éclairé. Les patients en fin de vie ou ceux pour lesquels l’inclusion n’était pas jugée dans leur intérêt ont été exclus. Des analyses univariées et multivariées ont été réalisées.
Résultats :
Au total, 2160 patients ont été inclus en Australie, au Danemark, en France, en Irlande, en Italie, au Japon, en Turquie et au Royaume-Uni. Un lymphœdème secondaire était présent chez 98 % des patients ; 95 % de ces cas étaient considérés comme liés au cancer ou à son traitement. La prévalence vie entière de la cellulite était de 22 %, et l’incidence annuelle de 11 %.
Après analyse multivariée, les facteurs associés à une cellulite récente étaient la durée plus longue du lymphœdème et un lymphœdème mal contrôlé. Comparé à un lymphœdème présent depuis moins d’un an, le risque augmentait avec la durée : 1–2 ans (OR 2,15), 2–5 ans (OR 2,86), 5–10 ans (OR 3,15). Les patients avec un lymphœdème bien contrôlé présentaient un risque réduit de 46 % de cellulite (OR 0,54 ; IC 95 % : 0,39–0,73 ; p < 0,001). Les stades avancés de lymphœdème étaient associés à un risque accru de cellulite, même après ajustement sur la durée et le contrôle du gonflement (stade II OR 5,44 ; stade III OR 9,13 ; p = 0,002), comme l’a montré une analyse de sous-groupe.
Conclusion :
Les patients atteints de lymphœdème avancé du bras présentent un risque particulièrement élevé de développer une cellulite. La prévention de la progression du lymphœdème est cruciale. Les résultats suggèrent qu’un lymphœdème bien pris en charge a un effet protecteur sur la fréquence des cellulites.