Le lymphœdème

Table des matières

Le système lymphatique

Qu'est-ce que c'est ?

Le système lymphatique est un ensemble de vaisseaux, de ganglions et d’organes lymphoïdes (comme les amygdales). Ces vaisseaux lymphatiques sont composés de capillaires très fins qui se jettent ensuite dans des lymphatiques de plus grande taille munis de valves anti reflux et d’unités motrices musclées capables de se contracter et de propulser la lymphe. Les organes (ganglions, rate, thymus et amygdales) sont les stations de filtration et de défense immunitaire du corps.

La lymphe est formée par l’aspiration du liquide interstitiel dans lequel baignent les tissus du corps. Ce liquide interstitiel est formé par le plasma du sang qui s’échappe des parois et qui va nourrir et « laver » les tissus.

A quoi sert-il ?

En récupérant le surplus de liquide qui stagne, le système lymphatique évite son accumulation dans les tissus et prévient des œdèmes. La lymphe qui circule transporte des globules blancs (lymphocytes) qui joue un rôle important dans le système immunitaire et la défense des infections.

C’est un peu comme si le système lymphatique recyclait ce que le système sanguin a laissé s’échapper : il récupère le liquide qui sort des capillaires pour le filtrer et le renvoyer dans la circulation. En faisant cela, il agit comme un véritable système de nettoyage et de protection de l’organisme.

Le lymphœdème

Une défaillance du système lymphatique

Lorsque le système lymphatique est défaillant, il ne récupère et/ou ne draine pas correctement le liquide interstitiel issu des capillaires sanguins. Il s’accumule, créant des œdèmes : c’est le lymphœdème.

Cette défaillance du système lymphatique a deux grands mécanismes :

  1. Elle peut être constitutionnelle, c’est-à-dire être consécutive à un défaut de formation du système lymphatique chez l’embryon et le fœtus, et peut se manifester à tout moment dans la vie de la personne. Elle crée ce qu’on appelle des lymphœdèmes primaires.

  2. Elle peut être le résultat d’un traitement chirurgical ou d’une infection filarienne qui altère le système lymphatique. C’est le cas notamment de traitements chirurgicaux de certains cancers. Elle crée ce qu’on appelle des lymphœdèmes secondaires.

Attention. La distinction entre lymphœdème primaire et secondaire n’est pas toujours si évidente : n’hésitez pas à consulter pour connaitre précisément la cause de votre lymphœdème.

Les lymphœdèmes primaires

Les lymphœdèmes primaires peuvent trouver leur origine dans 3 différents troubles constitutionnels du système lymphatique :

  1. Les capillaires sont touchés (hypoplasie ou aplasie lymphatique)
    Les capillaires lymphatiques, qui récupèrent le liquide interstitiel, sont trop peu nombreux, malformés ou absents dans certaines zones. Résultat : le liquide n’est pas bien collecté dès le départ.

  2. Les valves lymphatiques sont touchées

    Les valvules à l’intérieur des vaisseaux lymphatiques (similaires à celles des veines) ne fonctionnent pas bien ou sont absentes. Résultat : la lymphe reflue au lieu de progresser vers le cœur et les vaisseaux sont dilatés. C’est la forme hyperplasique.

  3. Les ganglions lymphatiques sont touchés (lymphadénopathie)

    Les ganglions lymphatiques sont mal formés, trop petits ou absents, et ne remplissent plus correctement leur rôle de filtration et de relais immunitaire. Résultat : le flux lymphatique est ralenti ou bloqué au niveau des zones de drainage. Ce phénomène est encore peu connu.

Les lymphœdèmes secondaires

Les lymphœdèmes secondaires peuvent trouver leur origine dans 4 différents troubles du système lymphatique liés à une cause extérieure :

  1. Destruction ou ablation des vaisseaux lymphatiques

    Les vaisseaux lymphatiques sont sectionnés, détruits ou retirés, ce qui interrompt la circulation de la lymphe. C’est ce qui peut arriver lors d’une chirurgie ganglionnaire (cancer du sein, de la prostate…), une radiothérapie ou un traumatisme (plaie, fracture, brûlure…)

  2. Obstruction des vaisseaux lymphatiques

    Les canaux lymphatiques sont obstrués par une inflammation, une infection ou une infiltration. C’est le cas de la filariose, maladie parasitaire où le vers se loge dans les vaisseaux lymphatiques et les obstrue.

  3. Surcharge fonctionnelle du système lymphatique

    Le réseau lymphatique est intact, mais il est dépassé par un excès de liquide à drainer.
    Ce n’est pas une destruction, mais une insuffisance de capacité. Cela peut être due par exemple à une insuffisance veineuse chronique ou une obésité importante.

  4. Fibrose et altérations secondaires des tissus

    Lorsque la lymphe stagne longtemps, le tissu devient en permanence inflammatoire, et favorise l’apparition de fibrose et d’épaississement cutané. Cela aggrave encore le blocage lymphatique, créant un cercle vicieux.

Apparence du Lymphœdème

Signes visibles et sensations

Le lymphœdème est le résultat d’une accumulation de liquide dans les tissus, qui provoque une augmentation du volume des tissus d’une ou plusieurs parties du corps (œdème). C’est la manifestation la plus connue et visible du lymphœdème. Il peut s’accompagner de sensations physiques, comme des sensations de lourdeur, de tension, de tiraillement, d’engourdissement et parfois de douleur aigue. La douleur s’aggrave souvent en fin de journée, en position statique prolongée ou en cas de chaleur.

Quelles parties du corps peuvent être touchées ?

La localisation du lymphœdème dépend essentiellement de l’origine du trouble lymphatique.

Dans le lymphœdème primaire, l’anomalie est congénitale ou liée à un développement insuffisant du système lymphatique. Selon la zone anatomique où les vaisseaux ou ganglions sont atteints (jambes, bras, thorax, abdomen, visage ou organes génitaux), la partie du corps touchée va varier. On observe cependant qu’une grande majorité des lymphœdèmes primaires (80%) touchent les membres inférieurs (pieds, jambes).

Dans le lymphœdème secondaire, le problème est acquis, le plus souvent à la suite d’un geste chirurgical, d’une radiothérapie ou d’un traumatisme qui perturbe la circulation lymphatique. La localisation du lymphœdème dépend alors de la zone traitée ou lésée.

Le lymphœdème des membres peut être symétrique ou asymétrique. Plus rarement, l’œdème peut toucher le visage, le cou, le thorax, l’abdomen et les organes génitaux. Il peut aussi être diffus ou généralisé, touchant plusieurs régions du corps en même temps.

Jambes
Il représente 80% des lymphœdèmes primaires. Il peut aussi être
secondaire à un traitement de cancers pelviens comme le col de l’utérus
(30%), l’endomètre (28%), les ovaires (21%) ou d’un mélanome.

Jambes/Pieds
Il représente 80% des lymphœdèmes primaires. Il peut aussi être
secondaire à un traitement de cancers pelviens comme le col de l’utérus
(30%), l’endomètre (28%), les ovaires (21%) ou d’un mélanome.

Organes génitaux
Rare, il peut être primaire ou secondaire après traitement de cancers
pelviens (prostate, vessie, col utérin) ou après radiothérapie inguinale
ou pelvienne.

Bras/Mains
Il peut être primaire ou secondaire au traitement d’un cancer du sein :
il survient dans 15 à 20 % des cas après curage axillaire, et dans 6 %
des cas après biopsie du ganglion sentinelle.

Bras/Mains
Il peut être primaire ou secondaire au traitement d’un cancer du sein :
il survient dans 15 à 20 % des cas après curage axillaire, et dans 6 %
des cas après biopsie du ganglion sentinelle.

Buste
Souvent associé à un cancer du sein, il peut toucher la paroi thoracique
ou le dos après chirurgie et/ou radiothérapie.
Plus rarement, il peut être primaire.

Visage/tête
Rare, il est le plus souvent secondaire à un traitement ORL
(chirurgie, radiothérapie) pour un cancer de la tête et du cou.
Il peut aussi être primaire.

Lymphœdème & masse graisseuse

Le lymphœdème ne se limite pas à une simple accumulation de liquide : avec le temps, il s’accompagne souvent d’une augmentation du tissu adipeux (c’est-à-dire de la graisse) dans la zone touchée. Lorsque la lymphe circule mal, elle crée un environnement inflammatoire qui perturbe le fonctionnement normal des tissus. Cette inflammation chronique stimule progressivement la formation de graisse et rend la zone plus volumineuse et plus fibreuse.

Les évolutions sur le corps

Un lymphœdème apparait de manière progressive sur le corps. Dans tous les cas, une prise en charge précoce et experte permettra de maintenir le lymphœdème et d’en réduire le volume, d’éviter les complications, de contrôler l’évolution et d’améliorer la qualité de vie au quotidien.

Evolutions communes

Toutefois, certaines évolutions du lymphœdème suivent souvent des schémas reconnaissables. Deux évolutions sont le plus souvent observées dans les lymphœdèmes des membres inférieurs :

  • Une progression ascendante : le lymphœdème commence au niveau du pied ou de la cheville, puis remonte lentement vers le mollet, le genou et parfois la cuisse. C’est l’évolution la plus fréquente dans les formes primaires.

  • Une progression descendante : le gonflement apparaît d’abord au niveau de la cuisse, puis s’étend vers le genou et la jambe. C’est la forme la plus commune lors d’une exérèse de ganglion ou d’une radiothérapie de ceux-ci.

Pour les lymphœdèmes des membres supérieurs, deux schémas d’évolution peuvent également être observés :

  • Une progression descendante : le gonflement débute au niveau du bras, le plus souvent près de la région axillaire lorsque le lymphœdème est secondaire à un cancer du sein (curage ou radiothérapie). L’œdème s’étend ensuite progressivement vers le coude, l’avant-bras et parfois la main.

  • Une progression ascendante : dans certaines formes primaires ou après traumatismes distaux. Le lymphœdème apparaît d’abord au niveau de la main ou du poignet, puis remonte vers l’avant-bras, le coude et le bras. Les lymphœdèmes primaires du membre supérieur restent exceptionnels.

Evolutions plus rares

Certaines évolutions du lymphœdème sont moins fréquentes, mais peuvent apparaître lorsque la circulation lymphatique est fortement perturbée, en particulier au niveau des lymphatiques du tronc. Là encore, une prise en charge spécialisée permet généralement de limiter leur progression et d’améliorer le confort au quotidien.

Parmi ces évolutions plus rares, on peut observer :

  • Des épanchements dans le thorax (chylothorax) : la lymphe s’accumule dans la plèvre, enveloppe des poumons.
  • Des épanchements dans l’abdomen (ascite chyleuse) : la lymphe s’accumule dans la cavité abdominale et provoque une distension du ventre.
  • Un gonflement des organes génitaux : il peut toucher le scrotum, la vulve ou la région pubienne.
  • Une extension vers le tronc : le lymphœdème peut s’étendre à l’abdomen, aux flancs ou au dos, surtout en cas d’atteinte des lymphatiques centraux du tronc ou de surcharge chronique du réseau lymphatique.
  • Une extension vers le visage : elle peut survenir dans certains lymphœdèmes primaires ou après des perturbations majeures de la circulation lymphatique cervico-thoracique, entraînant un gonflement des joues, des paupières ou du cou.
  • Une forme généralisée (anasarque lymphatique) : elle correspond à une atteinte diffuse de l’ensemble du système lymphatique et se manifeste par un œdème étendu à tout le corps.

Ces manifestations sont rares, mais connues dans certains syndromes lymphatiques complexes ou après des atteintes majeures du réseau lymphatique. Elles nécessitent une évaluation experte pour proposer des stratégies combinant soins, compression adaptée et parfois traitements interventionnels.

Peut-on anticiper ces évolutions ?

Les connaissances génétiques progressent rapidement : elles permettent aujourd’hui d’anticiper plus précisément certaines évolutions, notamment dans les formes familiales, et d’adapter le suivi et la prévention dès les premiers signes. Par exemple, l’identification d’une mutation au sein du gène codant pour le récepteur 3 du VEGF à la surface des cellules endothéliales ne s’étendra jamais au-dessus du genou.

Les chiffres du lymphœdème

20%

fréquence d’apparition d’un lymphœdème secondaire après traitement d’un cancer du sein

1 personne sur 10 000

touchée par le lymphœdème primaire avant ses 20 ans

2 personnes sur 3

touchées par un lymphœdème primaire sont des femmes

95%

des lymphœdèmes primaires sont sporadiques (sans antécédents familiaux)

5 %

des lymphœdèmes primaires sont héréditaires (avec antécédents familiaux)

80 %

des lymphœdèmes primaires touchent les membres inférieurs (jambes/pieds)

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